Tu devras le 1er octobre te prononcer sur les questions que le Bureau National soumet à ton vote. Le questionnaire aborde cinq chantiers et thèmes de rénovation et de transformation de notre parti à travers douze questions que nous avons élaborées collectivement.
Cette lettre te donnera le sens de la démarche que nous poursuivons avec Martine Aubry qui a décidé d'engager la rénovation de notre Parti à la Rochelle. Nous avons une occasion de concrétiser ce processus de transformation, de lui donner enfin un contenu tangible.
Nous voulons faire de notre parti, l'outil que les français attendent, instrument politique de transformer la France et la société française. Comment prétendre vouloir changer la France si nous refusons nous mêmes le changement de ce que nous sommes.
Nous avons l'obligation de nous rapprocher de la société française, et d'y reprendre pied.
Notre première préoccupation dans ce grand chantier qui s'ouvre, c'est la préférence pour l'ouverture plutôt que pour la fermeture et le repli. Nous avons besoin de confronter nos certitudes avec le peuple français et avec les classes sociales qui se désespèrent de ne plus se reconnaître dans ce que nous portons.
Notre deuxième travail vise à faire évoluer notre offre et nos contenus politiques. C'est la préférence pour la mutation. Les socialistes dans leur histoire ont toujours été les porteurs du changement, nous ne devons donc pas craindre de changer nous mêmes, tout en sachant rester fidèle à nos valeurs héritées de l'histoire.
Le troisième objectif, c'est la préférence pour l'exemplarité, car notre parti doit toujours être meilleur que la société qu'il prétend transformer. Il devrait être en quelque sorte une autre société, qui porterait dans ses pratiques ou son mode de vie d'autres valeurs . Il ne s'agit pas de nous replier dans je ne sais quelle pureté exemplaire, il s'agit d'imaginer par nos règles, nos comportements -et les règles façonnent toujours les attitudes- les retrouvailles avec la crédibilité. Car qui pourrait nous croire lorsque nous disons que nous voulons imaginer une société différente, une République nouvelle, une France nouvelle qui sera celle de l'après Sarkozy.
La consultation militante que nous lançons est donc avec le projet l'un des grands chantiers de transformation de notre parti. Nous montrerons ainsi à l'opinion publique que nous avons en notre sein la ressource disponible pour rebondir, nous transformer et accomplir nous-mêmes notre révolution.
La rénovation ne pourra être que le chantier de tous ; elle deviendra, sur la base des mandats que vous aurez donnés au Bureau National dans vos réponses a la consultation, l'un des grands chantiers vivants de reconstruction populaire de notre influence dans la société : nous rediscuterons ensemble des modalités des questions tranchées par la consultation et le tout donnera lieu a une Convention extraordinaire qui aboutira a reecrire nos statuts après le vote final des militants en juin 2010. Ce sera la naissance, si chacun d'entre nous s'empare de ces questions dans toute sa force, d'un nouveau Parti Socialiste dont il ne dépend que de nous de lui donner de l'ampleur.
Le premier chantier : les primaires, ouvertes et populaires. Nous voulons donner aux citoyens un droit nouveau, consistant dans la possibilité d'intervenir et de peser dans le débat des presidentielles dont il est exclu.
Il s'agit surtout de donner par la force du nombre une légitimité que les votes interne de notre parti ont perdus, mais c'est surtout un outil de rassemblement des gauches, qui est devenu hautement necessaire depuis que l'UMP est devenu parti unique a droite!.
C'est enfin un outil qui permettra d'enrayer la contamination de notre parti par le poison du présidentialisme. . Extérioriser, organiser, réguler est toujours meilleur qu'intérioriser, ne pas réguler et se laisser contaminer. La primaire, elle existe aujourd'hui tous les jours dans le Parti socialiste. Elle y est malheureusement sauvage, désordonné et permanente. Nous préférerions qu'elle soit canalisée, ordonnée, réglée et régulée. C'est un projet qui assume l'idée que nous avons besoin de gagner en 2012 et de prendre les moyens pour le faire.
Le deuxième chantier : le non cumul des mandats. Nous allons enfin régler collectivement cette question qui nous embarrasse depuis trop longtemps.
Nous devons marcher vers le mandat unique pour l'ensemble de nos parlementaires d'ici 2012 et une limitation dans le temps pour les mandats dans les exécutifs locaux.
Le Parti socialiste a toujours été historiquement à l'offensive sur cette question depuis une dizaine d'années, et c'est nous qui allons prendre la decision de changer le système politique d'une façon à la fois radicale, mais en même temps très progressive, dans la manière dont fonctionne aujourd'hui l'exercice du pouvoir dans notre pays.
Le troisième chantier concerne la diversité, le renouvellement et la parité.
Le parti doit être capable de rassembler la société française qu'il prétend représenter dans son ensemble.
Pour cela, nous te demandons un mandat et une légitimité pour la direction nationale de réserver des circonscriptions permettant au parti d'investir des candidats au nom de la diversité, et l'acception que nous donnons au mot diversité n'est pas seulement la promotion des minorités dites visibles, mais également la diversité sociale, avec les ouvriers, agriculteurs, employés, syndicalistes, leaders locaux des mouvements sociaux actuels et Français issus de l'immigration. Nous ne le concevons pas à travers des quotas, car la commission a radicalement écarté cette hypothèse. Nous l'imaginons davantage comme un travail en opportunité, cherchant à convaincre, avec les fédérations, les camarades sur le terrain, pour adopter des solutions nouvelles, différentes, qui nous permettraient de faire évoluer l'image collective et globale de notre parti.
Le quatrième chantier est celui de notre l'amélioration de notre démocratie interne. Ces déchirures publiques, notre propre autodestruction ne sont plus admissibles. Nos nouvelles règles doivent renforcer et non affaiblir notre parti.
Il faut trouver dans le consensualisme la façon d'améliorer la mécanique du rassemblement, tout en organisant méticuleusement le respect du pluralisme, de la conciliation entre eux.
Enfin, le dernier chantier porte sur la question des règles éthiques. Nous devons retrouver des mécanismes de règlement des conflits qui fassent autorité. Nos conflits pourront ainsi être assumés, réglés juridiquement, et évacués de manière saine et incontestable. Cette nouvelle autorité aura juridiction sur nos scrutins internes afin d'assurer la sincérité et la fiabilité des scrutins. Nul ne pourra plus dire où souffrir de ce qu'il soit dit que le vote fut insincère et truqué. C'est l'honneur retrouvé et garanti du premier parti de gauche qui se joue à travers cette réforme.
En clair, ce que nous défendons pour la République, nous proposons de l'instaurer pour nous-mêmes.
L'ensemble de ces nouvelles règles peuvent être le point de depart de la reconquête du coeur des Français. Lorsque nous aurons réglé nos problèmes, nous pourrons nous tourner plus facilement vers eux, leur parler d'une même voix, assumer ce que nous sommes, et de reprendre le chemin de la reconquête. Il s'agit là d'une révolution douce, mais ferme, qui peut être extraordinaire si nous savons la concilier avec notre histoire et notre tradition. C'est un travail d'évolution, ce n'est pas un travail de table rase. C'est un travail de reconstruction sur les bases qui nous ont été léguées par notre histoire.
C'est un nouveau Parti socialiste qui sortira de nos urnes et de nos efforts, dans neuf mois, à la convention de la rénovation. Cela nous permet d'espérer que, dans deux ans, la politique en France aura un autre visage grâce au parti socialiste.
Arnaud Montebourg
Président de la commission de la rénovation "

